In short

This project refers to the creation of a digital platform and mobile applications around the theme of the “memory” in Paris, its conurbation and its suburbs.

Étude préliminaire aux conditions de réalisation d’une plateforme multimédia « Mémoires métropolitaines » consacrée au patrimoine culturel et mémoriel de la métropole parisienne.

Introduction

Le projet se situe dans une dynamique de renforcement du fait métropolitain. Prenant acte de l’intérêt croissant du grand public pour le patrimoine et les questions mémorielles, ce document préconise la construction d’une plateforme collaborative qui rende compte de la richesse « des hommes et des territoires ». En mettant en valeur – et en réseau – la diversité sociologique, géographique et culturelle de la métropole, une plateforme multimédia collaborative pourrait être un des éléments fondateurs de l’entité métropolitaine en quête d’identité.
Le contexte social et politique est favorable à ce type d’initiative avec :
Intérêt croissant des publics pour le patrimoine et la mémoire (plus de 12 millions de visiteurs pour les journées du Patrimoine en France)
Vastes programmes de numérisation et de libéralisation des données publiques (INA, Gallica…)
7 franciliens sur 10 sont déjà connectés au Haut Débit. Déploiement d’un réseau de connexion au Très Haut Débit en Métropole
Généralisation du Web 2.0 en Ile-de-France : 33% des internautes franciliens connectés via un terminal mobile en juin 2009, avec une progression moyenne de 26% par an.
La « ville numérique » figure par ailleurs parmi les priorités du programme de développement de l’économie numérique financé par l’emprunt national de l’Etat.
Malgré la multiplication des sites à contenu culturel dont les objectifs sont proches, une offre de cette nature, pour Paris et la Métropole est encore à construire dans une logique fédératrice en récusant par hypothèse toute ambition concurrente, mais au contraire en offrant accueil et liens de connexité.

Objectifs et enjeux de la plateforme

Le projet vise à favoriser la construction de liens entre les populations et les territoires de cet espace dont l’identité est encore floue. L’approfondissement des liens, la multiplication des réseaux sociaux qui « font métropole » autour d’un tel projet est un leviers important de la construction d’un avenir collectif.
La plateforme « Mémoires métropolitaines » est envisagée comme un ensemble évolutif de connaissances et de références qui se rapporte à la notion de Mémoire collective, dont Pierre Nora a été l’un des premiers défricheurs. Selon l’auteur des Lieux de Mémoire (1984), « le lieu de mémoire, dans tous les sens du mot va de l’objet le plus matériel et concret, éventuellement géographiquement situé, à l’objet le plus abstrait et intellectuellement construit ».
Il peut donc s’agir d’un monument, d’un personnage important, d’un musée, des archives, tout autant que d’un symbole, d’une devise, d’un événement ou d’une institution. Un objet devient lieu de mémoire quand il échappe à l’oubli, et quand une collectivité le réinvestit de son affect et de ses émotions.
Le projet « Mémoires métropolitaines » plateforme collaborative, initié par Paris, consisterait en :
une plateforme multimédia collaborative
cette plateforme serait conçue à partir d’une première couche d’informations patrimoniales étendue aux collectivités de la Métropole partenaires du projet
la plateforme devra être accessible via un site web et une application smartphone dédiée
extensions évènementielles et éditoriales « produits dérivés » (expositions, promenades urbaines, colloques, actions pédagogiques, publications, débats…)
Les données numérisées accessibles à partir d’une « couche » cartographique ou par champ lexical pourraient, à travers ce portail constituer le socle d’une identité métropolitaine en formation.
Progressivement, l’enrichissement du site permettrait l’accès à un ensemble considérable de données culturelles, littéraires, iconographiques, sonores, illustres et moins connues qui rendent compte de la richesse et de la diversité des territoires ainsi que de l’histoire et des représentations qui s’attachent à l’espace métropolitain. Les données numérisées couvrant ces domaines seront accessibles à partir de ce portail. Les témoignages de vie, trajectoires et histoire sensibles des populations contribueront également à l’enrichissement des Mémoires métropolitaines.
Le site proposerait en premier lieu une base de données sur le patrimoine bâti à l’échelle la plus fine disponible (la parcelle pour Paris, maillage plus lacunaire dans certains secteurs en métropole). La base de données reliée à un SIG permettra d’accéder à d’autres informations relatives aux différentes formes du patrimoine : photographies, chansons, films, témoignages, références littéraires, évènements historiques…
Une navigation par thème et rubriques sera doublée d’un accès cartographique (SIG) qui lui même comportera plusieurs couches d’informations, permettant une approche à la fois diachronique (les évolutions d’un territoire à travers celles des plans parcellaires, des images-peintures gravures, cartes postales, films, etc. qui lui sont associés), ou synchronique (requête thématique à un temps « T » présent ou passé).
Les sources (bases de données existantes) seront donc accessibles de manière transversale par deux entrées : une entrée SIG immersive (type « google maps » en 3D avec navigation spatiale virtuelle), et une entrée thésaurus avec un moteur de recherche permettant un choix des thèmes et des supports d’information associés à la navigation.

Proposition d’un scénario d’anticipation

La mémoire métropolitaine a autant de formes que la métropole. Elle est hétérogène et multiple. L’établissement d’une identité métropolitaine accompagnera donc la création du substrat de mémoire ; un « lieu » – entendu au sens d’espace symbolique – dont l’étude préliminaire s’attachera à définir le périmètre et le contenu, sa forme et les impressions qu’il suscitera, son utilité, son déploiement et les moyens de son appropriation.
Mémoire experte et mémoire folksonomique, ingrédients miscibles d’une identité métropolitaine
La métropole parisienne, en perte de vitesse face à l’activité culturelle foisonnante de ses voisines européennes, semble scindée entre un archipel de centres et sites historiques porteurs d’une mémoire riche et institutionnalisée, et un océan tourmenté de lieux d’urbanisation récente dont une uniforme « culture urbaine » serait la seule expression.
Paradoxalement, les émeutes urbaines ont esquissé un territoire métropolitain : par l’effroi qu’elles ont causé sur l’ensemble du territoire qui d’un seul coup paraissait moins déconnecté des quartiers, et par la présentation qui en avait été faite à l’étranger où elles apparaissaient bien plus centrales que ne le percevaient les parisiens eux-mêmes. Deux représentations s’opposaient sur un territoire qui d’un seul coup paraissait compact. Deux représentations, deux types de mémoires qui agitent pourtant un même territoire.
Une mémoire historique, institutionnelle, porte sur des éléments de cultures et d’archives classiques. Elle dépasse très largement les frontières de Paris «intra muros». Archives, plans, cartes, mouvements politiques et artistiques, lieux historiques, … Paris et la métropole par extension figure un lieu de savoir, de culture, d’innovation artistique, de liberté, de démocratie, et de solidarité. La mémoire experte, fruit des institutions et des historiens, crée un vocabulaire et une exigence que la plateforme « mémoire métropolitaine » peut généraliser sur le territoire.
Dans le même temps que se généralisent les outils de la connaissance savante, l’intérêt que marque la sociologie pour les parcours individuels et l’histoire pour la prosopographie trouvent un abyssal développement avec la généralisation des moyens d’expression et sources de mémoire personnelle (copains d’avant, etc.). Cette entrée peut favoriser la création d’une mémoire plurielle sur la plateforme. Cette mémoire est qualifiée de mémoire folksonomique, en ce sens qu’elle sera produite directement par les utilisateurs de la plateforme. Ceux-ci pourraient notamment y intégrer des éléments mémoriels de leur vécu, des éléments de leur quotidien.
C’est peut-être aussi auprès des utilisateurs que l’on peut trouver la ressource pour faire apparaître les liens existant entre le corpus culturel et la géographie métropolitaine.
Une mémoire métropolitaine comme espace d’expression d’une nouvelle territorialité
Le système français est marqué depuis 2 siècles par un système administratif sectorisant des espaces en régions ou départements. La création d’une identité métropolitaine viendrait poser les jalons de nouveaux découpages qui s’élaborent actuellement. Cet axe est donc le point de convergence politique autour duquel pourront s’organiser les discours sur la plateforme.

La conduite d’une étude préliminaire aux conditions de réalisation d’une plateforme multimédia « mémoires métropolitaines »

La mission d’étude préliminaire consiste d’une part en l’évaluation de la faisabilité technique et partenariale de la plateforme « mémoire métropolitaine », et d’autre part à proposer un scénario de construction du projet scientifique et culturel pour cette plateforme. En plus de répondre à la demande politique, locale et sociale de « logique fédératrice », la création de la plateforme métropolitaine doit aussi ramener la métropole parmi les précurseurs et répondre à d’autres besoins générés par :
l’engorgement touristique d’un hyper-centre parisien qui peine à valoriser sa mémoire faible dans un contexte de saturation d’un patrimoine dense et incontournable (tour Eiffel, Notre Dame, parcours sur l’île de la Cité, etc.),
la nécessaire valorisation du patrimoine métropolitain et de ses richesses (encore largement méconnus et faiblement médiatisé),
la montée d’un tourisme des marges avec une nébuleuse de guides spécialisées, de site et de forums sur lesquels s’échangent des bons plans alternatifs pour contourner les flots touristiques,
la nécessité de développer une mémoire contemporaine avec un double intérêt de patrimonialisation des faits contemporains qu’ils soient artistiques (Christo,…), sociaux (embrasement des cités,…),…
l’opportunité d’imaginer de nouvelles formes touristiques à partir de l’usage des NTIC,

Un défi posé au territoire : faire émerger une culture métropolitaine

Paris Métropole souhaite enrichir sa communication culturelle sur internet autour de la thématique de la mémoire comme élément constitutif d’une identité territoriale. 5 éléments doivent être regardés pour penser la qualité et l’opérabilité de la plateforme :
Son ergonomie, c’est-à-dire la qualité de sa mise en page, des agencements graphiques et de sa maniabilité (attractif et moderne). Il importe également de penser sa cohérence et sa complémentarité avec les autres outils de communication et de valorisation de l’action mises en place par Paris Métropole.
Sa simplicité de fonctionnement. Il importe, en effet, que la plateforme puisse être administrée par des personnes dites non-expertes en informatique. En effet, une fois conçue, cette plateforme doit pouvoir être alimentée, actualisée et plus largement animée par les personnels du patrimoine métropolitain, mais aussi par les experts participations à la médiatisation des contenus de la plateforme.
Ses multiples univers d’accès, reflets des différents publics visés : population métropolitaine, étudiants, usagers de l’internet, touristes (présents sur le territoire ou a venir), professionnels de la recherche et de la culture, investisseurs, financeurs, porteurs de projet, etc.
Cette plateforme devant être en partie alimentée par les usagers, celle-ci doit faire l’objet d’une modération continue et permanente.
Enfin, elle doit faire l’objet d’un référencement lui offrant une grande visibilité sur l’Internet, mais devant, plus largement, participer à la revalorisation culturelle du territoire parisien au niveau international.

© Images from INA